En fait, je vous explique, je fais partie des givrés de la vie. Et puis, un jour, un homme nous a sorti, mes amis et moi, du congélateur du frigo de notre fabricante.
J'ai vu partir peu à peu mes voisins de congélation sans jamais les voir revenir...
Et ce fût mon tour, j'étais dans la bouche d'un homme, langue douce et chaude, bouche accueillante et ennivrante, je m'y sentais bien.
En un coup de langue, je suis passée dans la bouche d'une demoiselle, charmeuse, charmée, charmante... Elle était belle, craquante et choquante à la fois par sa tendresse, telle une beauté sortant tout droit des livres de Shakespeare...
Elle me passa à une autre fille. Moins jolie mais tout aussi douce et beaucoup plus douce que le monsieur. Elle avait un prénom qui évoquait la lumière... Elle joua avec sa langue autour de moi avant de me repasser à l'homme du début. Je le reconnus directement car sa langue était vraiment la plus chaude. L'homme et la femme au prénom de lumière se sont emmelès leurs langues, et j'étais entre deux. Je ne trouvais pas ça dégueulasse, pas du tout, au contraire, il y avait tellement de douce tendresse et de tendre sensualité que je m'y plaisais. J'en aurai bien fait un cocon, mais ils en ont décidé autrement... Ils ont fini par se séparer après des remontrances de la fille au prénom shakespearien qui souhaitait si je crois bien « les laisser entre eux vu comment ça se présentait »
Après plusieurs fois dans chaque bouche, sur chaque langue, entre chaque langue, j'ai fini par me laisser aller... Je le devais, j'avais bien trop chaud.
J'ai vécu mes dernières minutes comme un mélange d'amour et d'amitié, de douce, tendresse, sensualité... Je n'ai jamais ressenti ça et je ne le ressentirai plus jamais puisque je suis fondu...
Je ne suis qu'un glaçon...
